En cette époque post-électorale, marquée par la réalisation d’audit financier des comptes locaux, l’Association des Consultants en Finances Locales édite sur son blog www.acofil.canalblog.com toute une série d’articles concernant les ratios d’analyse financière.

Ratios d’analyse financière : les faux amis (1) Le ratio de rigidité des charges de structures.

Ce ratio rapporte les charges de personnel, les contingents et participation ainsi que les intérêts de la dette aux produits de fonctionnement. Il est utilisé – parfois par les chambres régionales des comptes-  pour mesurer le poids des charges de fonctionnement les plus rigides et difficilement compressibles par rapport aux produits de fonctionnement réels. De là, certains en déduisent la marge de manœuvre dont dispose la collectivité pour réduire ses charges.

Si l’objectif consistant à identifier la part des dépenses incompressibles est louable, le mode de calcul de ce ratio est très critiquable. En effet, il repose sur de nombreux biais techniques qui nuisent à la pertinence des résultats.

Ce ratio considère les dépenses de personnel et les frais financiers comme des dépenses « incompressibles ». Cette approche révèle une méconnaissance profonde de la gestion locale. En effet, les frais financiers sont modulables par la mise en place d’une gestion active de la dette.  L’époque où les collectivités locales s’endettaient à taux fixe est désormais révolue. L’arsenal de formules de financement externe au service de monde local  est vaste et les possibilités de pilotage des frais financiers sont réelles. La mise en place d’une trésorerie « zéro », la possibilité d’arbitrer sur des indices variables ou sur des produits structurés, l’introduction d’indices adossés sur la valeur du Brent ( les intérêts diminuent lorsque le cours du Brent augmente) introduisent incontestablement une forte dose de flexibilité au niveau des frais financiers. La démonstration est identique au niveau des dépenses de personnel. Considérer par hypothèses que ces deux catégories de dépenses sont « incompressibles » revient à limiter les marges de manœuvre des collectivités en  matière de pilotage des dépenses.

Par ailleurs, il est étrange de constater que des dépenses présentant un caractère réellement incompressible échappent à ce ratio, notamment celles liées aux délégations de services publics ou bien les loyers qu’ils aient pour origine un contrat de partenariat, un crédit-bail ou bien un bail emphytéotique. A partir du moment où la collectivité a engagé juridiquement ces dépenses, elle ne peut se soustraire à l’obligation de les honorer. Ces dépenses présentent un profil bien plus incompressible que les frais financiers. Elles échappent pourtant au mode de calcul du ratio de rigidité des charges.

On le comprend aisément à la lecture de ces quelques lignes, le ratio de rigidité des charges ne permet pas d’identifier des résultats pertinents. C’est la raison pour laquelle ACOFIL invite les analystes financiers des comptes locaux à ne pas l’utiliser sous sa forme actuelle.

Gaëtan Huet - Consultant en Finances Locales

Président d'ACOFIL