Alors que les annonces de nationalisation et de démantèlement d’établissements bancaires se multiplient en Europe (Bradford & Bingley, Fortis, Glitnir,..), les responsables politiques et économiques français continuent d’affirmer à l’image de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée sur France Inter «  que les banques françaises sont en situation de risque moins grand qu'aux Etats-Unis ou même dans d'autres pays européens ».

Cette position se fonde sur trois critères :

  • les banques françaises se seraient moins engagées sur le marchés de l’immobilier,
  • elles seraient plus solides financièrement ( au niveau du bilan) en raison de leur activité de détail qui leur garantit un socle de liquidités et donc de financement,
  • enfin elles se seraient moins exposées aux produits dérivés que les banques d’affaires anglo-saxonnes.

Cette analyse est également partagée par Dominique Strauss-Kahn, Directeur Général du Fonds Monétaire International. Selon lui : "Le fait qu'un certain nombre de banques aux États-Unis soient en train de se restructurer ne doit pas faire céder à la panique", a-t-il déclaré au Caire. S'il a avancé  "un secteur financier mondial beaucoup plus étroit", il pense que les banques européennes, qui marient plusieurs métiers, seront finalement "moins touchées", et ne risquent pas d'être "mises par terre" comme leurs consœurs américaines.

Face à cet optimisme, le secteur public local découvre ce matin que le cours de l’action de Dexia a perdu plus de 20% de sa valeur à la Bourse de Paris le lundi 29 septembre 2008.  Ce plongeon du cours de Dexia fait suite à l’annonce par le quotidien français « Le Figaro » que « la banque pourrait procéder à une augmentation de capital suite aux difficultés de sa filiale américaine FSA, spécialisée dans le rehaussement de crédit ». Dexia s’est empressé de démentir ses difficultés de trésorerie.

Face à cette nouvelle, l’Etat Belge a immédiatement réagi se disant prêt à soutenir Dexia "premier banquier des collectivités locales en France et en Belgique", comme elle l’a fait pour Fortis. La réaction de l’Etat français est plus surprenante. La ministre de l'Economie Christine Lagarde a d’abord précisé en marge d'un déplacement à Saint-Denis, que l’actionnaire français de Dexia, la Caisse des Dépôts et Consignation (11% du Capital de Dexia) « prendra ses responsabilités". Elle a également tenu à rappeler que " la banque Dexia est une banque belge qui est sous capitaux majoritairement belges, sous supervision belge, et vous avez entendu l'Etat belge ce matin par la voix de mon collègue Didier Reynders: l'Etat belge prendra ses responsabilité comme il l'a fait dans le groupe Fortis. La situation est très claire, il s'agit d'une situation qui est fortement marquée par le sceau de la Belgique».

Soit… Il n’en demeure pas moins que les éventuelles difficultés financières du principal partenaire financier du secteur public local inquiètent légitimement bon nombre de décideurs locaux que cet établissement soit français ou belge.

Face à ces incertitudes, l’initiative du Président de la République Française Nicolas Sarkozy, de réunir demain – mardi 30 septembre à 10h30- les principaux dirigeants des groupes bancaires et d'assurances français ainsi que le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer pour une réunion de travail, mérite d’être soulignée.

Que peut-on attendre de cette réunion ?

Lors de cette réunion, Nicolas Sarkozy souhaite rappeler au secteur bancaire « ses obligations primaires, c'est-à-dire leurs obligations de financer l'économie, d'irriguer les circuits économiques, en particulier les petites et moyennes entreprises avec du crédit » selon Christine Lagarde.

Mais cette réunion sera surtout l’occasion de faire le point sur les situations financières des institutions financières françaises. De nombreux observateurs souhaitent qu’elle apporte plus de transparence sur les difficultés réellement rencontrées par les établissements de crédit français. Le système bancaire français, à l’image du système bancaire mondial, a en effet besoin de certitudes pour espérer enrayer la crise de confiance et mettre fin aux rumeurs.

Nous nous garderons bien d’affirmer que cette réunion préfigure un « Yalta du secteur bancaire français ». Cependant il apparaît inévitable que le secteur bancaire français enregistre des  concentrations et restructurations lors des prochaines semaines comme nous le constatons actuellement au niveau mondial ( Whacovia acheté par Citygroupe, Bradfort&Ningley par Santander,…). Que ce soit aux Etat-Unis d’Amérique, en Grande-Bretagne ou bien encore aux Benelux, ces restructurations s’inscrivent dans une approche globale incluant un arbitrage de l’Etat. Il n’y a pas de raisons pour que la situation française échappe à cette approche, d’autant plus que le Président Nicolas Sarkozy a affirmé appuyer  « sans réserve ces initiatives ». Dans ce contexte, la réunion de demain apparaît comme une étape importante dans le processus d’assainissement du secteur bancaire. Si des institutions financières françaises sont réellement exposées à de graves difficultés financières, il n’est pas improbable que leur avenir se décide demain.

  • Face à cette concentration prévisionnelle du secteur, il est fort probable que les collectivités locales enregistrent un phénomène de substitution au niveau des bailleurs de fonds, des établissements de crédit épargnés par la crise venant se substituer partiellement ou en intégralité à certains partenaires traditionnels du secteur public local. Si ce phénomène d’éviction se confirme, les collectivités locales devront apprendre à travailler avec ces partenaires novices en matière de finances locales. Elles devront être en mesure d’expliquer leur situation financière et de présenter leurs besoins de financement.
  • Des à présent, les collectivités locales doivent s’inscrire dans cette perspective en  élargissant le périmètre des consultations pour la mise en place d’un financement. En effet, sur les 5 établissements de crédit traditionnellement les plus consultés par les collectivités locales, trois d’entre eux sont confrontés à des difficultés financières : Dexia, Natexis et Crédit Agricole. En élargissant le périmètre de leurs consultations, les collectivités locales se donneront les moyens d’optimiser leurs conditions de financement. Dans le contexte actuel de renchérissement du coût du crédit, cette démarche ne peut être écartée.
  • Indépendamment des conséquences engendrées par l'éventuelle restructuration du système bancaire, les collectivités locales demeurent toujours exposées à un risque de financement à  court terme que ce soit pour l’équilibre du compte administratif 2008 ou du budget primitif 2009.  Il est indispensable que les collectivités locales intègrent cette situation conjoncturelle dans leur stratégie financière.